Archive mensuelle 31 octobre 2019

Parole donnée 01

« Lorsque le cœur se rouvre et que, d’avoir été touchée par les mots, la chair résonne à nouveau, l’homme, dans la rencontre, fait l’expérience d’une délivrance. Sa parole prend du poids, et son corps de la dignité. »

Denis Vasse, « Inceste et Jalousie », Ed Seuil, p 215

 

Parole donnée 32

« Le mouvement d’ouverture à la rencontre et de la rencontre dans l’ouverture de l’autre et du même, c’est-à-dire de l’altérité et de la mêmeté, est la dimension du présent exigée de la parole en vérité. Le son de la voix se loge dans l’intimité de la parole à l’entrecroisement des mots et des affects : il devient souffle. Nous l’appelons voix. Etre touché par elle au cœur, souffrir, aimer, se réjouir, avoir de la peine, s’offrir, c’est éprouver un corps, c’est donner corps à la parole, c’est être engendré dans la chair de la Parole. »

Denis Vasse, « L’arbre de la voix » p 170, Ed Bayard, Montrouge 2010

Parole donnée 31

« Là où il n’y a pas de suspension du jugement dans l’obéissance à la parole, il y a un semblant d’ouverture dans la compréhension. Ceux qui comprennent tout d’emblée refusent a priori d’être interrogés ou surpris par le manque. Car le signifiant du manque renvoie, précisément, à ce qui ne se comprend pas : l’Autre. Avec lui, la métaphore ouvre à la question de l’espace intersubjectif et de l’altérité. Au lieu d’en prendre acte, le moi fait comme s’il avait compris depuis longtemps.

Denis Vasse, « La dérision ou la joie », p 110, Ed du Seuil, Paris 1999.

Parole donnée 30

« Tout amour humain fait ainsi l’expérience qu’il y a au cœur de lui-même, dans la chair où la parole cherche à se dire depuis le commencement, un mensonge ou une tendance incestueuse qui veut retenir ou garder ce qui, seulement, se reçoit et/ou se donne : la vie. »

Denis Vasse, « Inceste et jalousie », p46, Ed du Seuil, Paris 1995.

Parole donnée 29

« Parler à quelqu’un, c’est d’abord prendre l’initiative silencieuse d’écouter, ouvrir pour lui l’espace où il peut se rendre présent en vous. Seule la possibilité de cette rencontre transforme la séparation en altérité où chacun accède, sans crainte, à l’unité. »

Denis Vasse, « L’arbre de la voix » p116, Ed Bayard, Montrouge 2010.

Parole donnée 28

« Dans l’étonnement de la naissance à la parole, la lumière vient du dedans. Le « pourquoi moi ? »de l’abondance de la joie est venu se substituer au « pourquoi pas moi ? » de la reendication jalouse. »

Denis Vasse, « Inceste et jalousie », p 57, Ed du Seuil, Paris 1995.

Parole donnée 27

« L’humanité est ainsi faite : un texte unique, le corps, avec autant de manière de le lire que de corps. Paradoxe : le corps est tout à la fois le lieu du texte et le lieu du sujet. Entre les deux, la voix. Le même texte lu par deux êtres différents ne dit pas la même chose. Prêter sa voix à un texte c’est lui donner un sens dans des effets d’après-coup puisque c’est révéler que le sujet y était sans le (se) savoir. Il y était su avant de se savoir. »

Denis Vasse « L’arbre de la voix » p 92, Ed Bayard, Montrouge 2010

Parole donnée 26

« La médiation véritable est ordonnée à la joie de la rencontre. Elle est absolument relative à ce surgissement des êtres dans l’unité de leur différence, dans la parole. Seul le mot joie peut qualifier ce surgissement du sujet vivant. »

Denis Vasse, « La dérision ou la joie » p 59, Ed du Seuil, Paris 1999.

Parole donnée 25

« Nous ne donnons la parole, que si, l’ayant reçue, nous consentons à ce que, à travers nous, elle se donne. Comme la Vie.  Consentir au don par nous et pour nous, c’est obéir à la loi du langage qui atteste la transmission de la parole de vie  de génération en génération.

Une telle obéissance à la loi du langage ne va pas sans foi en la parole.  Nous croyons, sans même le savoir, qu’elle donne la vie.»

Denis Vasse, « Inceste et Jalousie » p 73, Ed du Seuil, 1995

Parole donnée 24

« … dans la voix, le sujet se risque dans une traversée de l’imaginaire jusqu’au bout, jusqu’au non-savoir de lui-même, aux limites infranchissables de l’Autre où la parole ne cesse de l’amarrer et d’où elle ne cesse de la détacher. »

Denis Vasse, « L’arbre de la voix », p 76, Ed Bayard, Montrouge 2010